Chapitre 1 du Classique des Montagnes et des Mers

Le Classique des montagnes du Sud (南山经 Nánshānjīng) ouvre le Classique des montagnes et des mers. Il décrit, d'ouest en est, trois chaînes de montagnes peuplées de plantes, de minéraux, de bêtes et d'oiseaux extraordinaires, et clôt chaque chaîne par le rituel dû à ses divinités. Le texte chinois est présenté avec sa transcription pinyin (survolez ou lisez les caractères annotés), suivi de la traduction française et de notes.

Premier Classique des montagnes du Sud — 南山经

nánshānjīngzhīshǒuyuē䧿quèshānshǒuyuēzhāoyáozhīshānlín西hǎizhīshàngduōguìduōjīnyǒucǎoyānzhuàngjiǔérqīnghuāmíngyuēzhùshízhīyǒuyānzhuàngérhēihuāzhàomíngyuēpèizhīyǒushòuyānzhuàngérbáiěrxíngrénzǒumíngyuēshēngshēngshízhīshànzǒu𪊨zhīshuǐchūyānér西liúzhùhǎizhōngduōpèipèizhījiǎ

La première des montagnes du Classique du Sud se nomme le mont Què (䧿山). Sa tête est le mont Zhaoyao (招搖), qui domine la mer occidentale. Il abonde en canneliers, en or et en jade. Il s'y trouve une herbe dont l'aspect rappelle la ciboule, mais à fleurs bleues ; elle se nomme zhuyu (祝餘), et qui en mange n'éprouve plus la faim. Il s'y trouve un arbre dont l'aspect rappelle le mûrier à papier, aux veines noires, dont les fleurs éclairent les quatre côtés ; il se nomme migu (迷穀), et qui en porte sur soi ne s'égare pas. Il s'y trouve une bête dont l'aspect rappelle le singe, mais aux oreilles blanches ; elle marche tantôt accroupie, tantôt en courant comme un homme ; elle se nomme xingxing (狌狌), et qui en mange devient bon marcheur. La rivière Liji (麗𪊨) en sort et coule vers l'ouest se jeter dans la mer ; elle abonde en yupei (育沛), dont le port préserve des tumeurs du ventre.


yòudōngsānbǎiyuētángtíngzhīshānduōyǎnduōbáiyuánduōshuǐduōhuángjīn

Trois cents li plus à l'est se trouve le mont Tangting (堂庭). Il abonde en arbres yan (棪), en gibbons blancs, en cristal de roche (shuiyu 水玉) et en or.


yòudōngsānbǎishíyuēyuánzhīshānzhōngduōguàishòushuǐduōguàiduōbáiduōchóngduōguàishéduōguàishàng

Trois cent quatre-vingts li plus à l'est se trouve le mont Yuanyi (猨翼). On y trouve quantité de bêtes étranges ; ses eaux abondent en poissons étranges ; on y trouve beaucoup de jade blanc, beaucoup de vipères (fuchong 腹虫), beaucoup de serpents étranges et d'arbres étranges. On ne peut y monter.


yòudōngsānbǎishíyuēniǔyángzhīshānyángduōchìjīnyīnduōbáijīnyǒushòuyānzhuàngérbáishǒuwénérchìwěiyīnyáomíngyuē鹿shǔpèizhīzisūnguàishuǐchūyānérdōngliúzhùxiànzhīshuǐzhōngduōxuánguīzhuàngguīérniǎoshǒuhuīwěimíngyuēxuánguīyīnpànpèizhīlóngwèi

Trois cent soixante-dix li plus à l'est se trouve le mont Niuyang (杻陽). Son versant sud abonde en or rouge (cuivre), son versant nord en or blanc (argent). On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le cheval, à tête blanche, aux rayures de tigre et à la queue rouge ; sa voix est comme un chant ; elle se nomme lushu (鹿蜀), et qui en porte aura une nombreuse postérité. La rivière Guai (怪水) en sort et coule vers l'est se jeter dans la rivière Xianyi (憲翼). Elle abonde en tortues noires dont l'aspect rappelle la tortue, mais à tête d'oiseau et queue de serpent ; elles se nomment xuangui (旋龜) ; leur cri est comme le craquement du bois fendu ; qui en porte ne devient pas sourd, et l'on peut s'en servir pour soigner les callosités.


dōngsānbǎizhīshānduōshuǐcǎoyǒuyānzhuàngniúlíngshéwěiyǒuzàixiàyīnliúniúmíngyuēdōngérxiàshēngshízhīzhǒng

Trois cents li à l'est, le mont Zhi (祗山) abonde en eaux et est dépourvu d'herbe et d'arbres. On y trouve un poisson dont l'aspect rappelle le bœuf ; il vit sur les hauteurs, a une queue de serpent et des ailes, ses plumes se trouvant sous les flancs ; sa voix est comme celle du liuniu (留牛) ; il se nomme lu (鯥) ; il meurt en hiver et renaît en été ; qui en mange ne souffre pas d'enflures.


yòudōngbǎiyuēdǎnyuánzhīshānduōshuǐcǎoshàngyǒushòuyānzhuàngéryǒumáomíngyuēlèiwèipìnshízhě

Quatre cents li plus à l'est se trouve le mont Danyuan (亶爰). Il abonde en eaux, est dépourvu d'herbe et d'arbres, et l'on ne peut y monter. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le chat sauvage, mais pourvue d'une crinière ; elle se nomme lei (類) ; elle est à la fois mâle et femelle ; qui en mange ne connaît pas la jalousie.


yòudōngsānbǎiyuēshānyángduōyīnduōguàiyǒushòuyānzhuàngyángjiǔwěiěrzàibèimíngyuēpèizhīwèiyǒuniǎoyānzhuàngérsānshǒuliùliùsānmíngyuē𪁺cháng𩿧shízhī

Trois cents li plus à l'est se trouve le mont Ji (基山). Son versant sud abonde en jade, son versant nord en arbres étranges. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le mouton, à neuf queues et quatre oreilles, les yeux placés sur le dos ; elle se nomme bochi (猼訑) ; qui en porte ne connaît pas la peur. On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle le coq, mais à trois têtes, six yeux, six pattes et trois ailes ; il se nomme changfu (𪁺𩿧) ; qui en mange n'a guère besoin de sommeil.


yòudōngsānbǎiyuēqīngqiūzhīshānyángduōyīnduōqīngyǒushòuyānzhuàngérjiǔwěiyīnyīngérnéngshírénshízhěyǒuniǎoyānzhuàngjiūyīnruòmíngyuēguànguànpèizhīhuòyīngshuǐchūyānnánliúzhùzhīzhōngduōchìzhuàngérrénmiànyīnyuānyāngshízhījiè

Trois cents li plus à l'est se trouve le mont Qingqiu (青丘). Son versant sud abonde en jade, son versant nord en minerai vert (qīnghù 青䨼). On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le renard, mais à neuf queues ; sa voix est comme celle d'un nourrisson ; elle peut dévorer les hommes ; qui en mange est préservé des maléfices (gu 蠱). On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle la tourterelle ; sa voix est comme une réprimande ; il se nomme guanguan (灌灌) ; qui en porte n'est pas abusé. La rivière Ying (英水) en sort et coule vers le sud se jeter dans le marais Jiyi (即翼). Elle abonde en chiru (赤鱬), poissons à corps de poisson et face humaine ; leur cri est comme celui des canards mandarins ; qui en mange n'a pas la gale.


yòudōngsānbǎishíyuēwěizhīshānwěicūndōnghǎiduōshāshífāngshuǐchūyānérnánliúzhùzhōngduōbái

Trois cent cinquante li plus à l'est se trouve le mont Jiwei (箕尾). Sa queue plonge dans la mer orientale ; il abonde en sable et en pierres. La rivière Fang (汸水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la Yu (淯) ; elle abonde en jade blanc.


fán䧿quèshānzhīshǒuzhāoyáozhīshānzhìwěizhīshānfánshíshānèrqiānjiǔbǎishíshénzhuàngjiēniǎoshēnérlóngshǒuzhīmáoyòngzhāngyòngdàobáijiānwèi

En tout, depuis le mont Zhaoyao jusqu'au mont Jiwei, la chaîne maîtresse du mont Què compte dix montagnes, sur deux mille neuf cent cinquante li. Leurs divinités ont toutes un corps d'oiseau et une tête de dragon. Le rite de leur culte : pour l'offrande de poil, on enfouit une tablette de jade (zhang 璋) ; comme grain sacré, on emploie du riz glutineux (tu 稌) ; on y joint un disque de jade (bi 璧) ; et l'on dresse une natte de jonc blanc et de riz.


Deuxième Classique des montagnes du Sud — 南次二经

nánèrjīngzhīshǒuyuēguìshān西línliúhuángběiwàngzhūdōngwàngchángyòuyīngshuǐchūyān西nánliúzhùchìshuǐzhōngduōbáiduōdānyǒushòuyānzhuàngtúnyǒuyīngǒufèimíngyuējiànxiànduōgōngyǒuniǎoyānzhuàngchīérrénshǒuyīnmíngyuēzhūmínghàojiànxiànduōfàngshì

La première montagne du Deuxième Classique du Sud se nomme le mont Ju (柜山). À l'ouest il borde la Liuhuang (流黃), au nord il regarde vers Zhubi (諸毗), à l'est vers Changyou (長右). La rivière Ying (英水) en sort et coule vers le sud-ouest se jeter dans la rivière Rouge (赤水) ; elle abonde en jade blanc et en grains de cinabre. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le porc, pourvue d'ergots ; sa voix est comme l'aboiement du chien ; elle se nomme lili (狸力) ; là où elle paraît, le district connaît de grands travaux de terrassement. On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle le milan, mais à mains humaines ; sa voix est comme le cri de la caille ; il se nomme zhu (鴸) ; son cri énonce son propre nom ; là où il paraît, le district connaît de nombreux bannissements de lettrés.


dōngnánbǎishíyuēchángyòuzhīshāncǎoduōshuǐyǒushòuyānzhuàngérěrmíngchángyòuyīnyínjiànjùnxiànshuǐ

Quatre cent cinquante li au sud-est se trouve le mont Changyou (長右). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres mais abonde en eaux. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le singe, mais à quatre oreilles ; elle se nomme changyou (長右) ; sa voix est comme une plainte ; quand elle paraît, préfectures et districts subissent de grandes inondations.


yòudōngsānbǎishíyuēyáoguāngzhīshānyángduōyīnduōjīnyǒushòuyānzhuàngrénérzhìlièxuéérdōngzhémíngyuēhuáhuáiyīnzhuójiànxiànyǒuyáo

Trois cent quarante li plus à l'est se trouve le mont Yaoguang (堯光). Son versant sud abonde en jade, son versant nord en métal. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle l'homme, mais pourvue de soies de porc ; elle vit dans des terriers et hiberne l'hiver ; elle se nomme huahuai (猾褢) ; sa voix est comme celle du bois qu'on taille ; quand elle paraît, le district connaît de grandes corvées.


yòudōngsānbǎishíyuēshānxiàduōshuǐshàngduōcǎoduōchóng

Trois cent cinquante li plus à l'est se trouve le mont Yu (羽山). Le bas abonde en eaux, le haut en pluies ; il est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en vipères (fuchong 蝮虫).


yòudōngsānbǎishíyuēzhīshāncǎoduōjīn

Trois cent soixante-dix li plus à l'est se trouve le mont Qufu (瞿父). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres, et abonde en or et en jade.


yòudōngbǎiyuēgōuzhīshāncǎoduōjīn

Quatre cents li plus à l'est se trouve le mont Gouyu (句餘). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres, et abonde en or et en jade.


yòudōngbǎiyuēzhīshānběiwàngdōngwàngzhūyǒushòuyānzhuàngérniúwěiyīnfèiquǎnmíngyuēzhìshìshíréntiáoshuǐchūyīnběiliúzhùzhōngduō

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Fuyu (浮玉). Au nord il regarde vers Juqu (具區), à l'est vers Zhubi (諸毗). On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le tigre, mais à queue de bœuf ; sa voix est comme l'aboiement du chien ; elle se nomme zhi (彘) ; elle dévore les hommes. La rivière Tiao (苕水) sort de son versant nord et coule vers le nord se jeter dans le Juqu. Elle abonde en poissons ji (鮆).


yòudōngbǎiyuēchéngshānfāngérsāntánshàngduōjīnxiàduōqīng𨴯shǐshuǐchūyānérnánliúzhùsháozhōngduōhuángjīn

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Cheng (成山), de forme carrée et en trois gradins. Son sommet abonde en or et en jade, son pied en minerai vert (qīnghù). La rivière Shi (𨴯水) en sort et coule vers le sud se jeter dans le Hushao (虖勺) ; elle abonde en or.


yòudōngbǎiyuēkuàizhīshānfāngshàngduōjīnxiàduōshísháoshuǐchūyānérnánliúzhù

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Kuaiji (會稽), de forme carrée. Son sommet abonde en or et en jade, son pied en pierres fu (砆). La rivière Shao (勺水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la Ju (湨).


yòudōngbǎiyuēshāncǎoduōshāshíshuǐchūyānérnánliúzhùliè

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Yi (夷山). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en sable et en pierres. La rivière Ju (湨水) en sort et coule vers le sud vers Lietu (列塗).


yòudōngbǎiyuēgōuzhīshānshàngduōjīnxiàduōcǎoniǎoshòushuǐ

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Pugou (僕勾). Son sommet abonde en or et en jade, son pied en herbes et en arbres. Il n'a ni oiseaux ni bêtes, ni eau.


yòudōngbǎiyuēxiányīnzhīshāncǎoshuǐ

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Xianyin (咸陰). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres, et sans eau.


yòudōngbǎiyuēxúnshānyángduōjīnyīnduōyǒushòuyānzhuàngyángérkǒushāmíngyuēhuànxúnshuǐchūyānérnánliúzhùèzhīzhōngduōluǒ

Quatre cents li plus à l'est se trouve le mont Xun (洵山). Son versant sud abonde en or, son versant nord en jade. On y trouve une bête dont l'aspect rappelle le mouton, mais sans bouche ; on ne peut la tuer ; elle se nomme huan (䍺). La rivière Xun (洵水) en sort et coule vers le sud se jeter dans le marais E (閼) ; elle abonde en escargots bi (芘蠃).


yòudōngbǎiyuēsháozhīshānshàngduōnánxiàduōjīngpāngshuǐchūyānérdōngliúzhùhǎi

Quatre cents li plus à l'est se trouve le mont Hushao (虖勺). Son sommet abonde en catalpas (zi 梓) et en nanmu (柟), son pied en arbustes jing (荊) et gouqi (杞). La rivière Pang (滂水) en sort et coule vers l'est se jeter dans la mer.


yòudōngbǎiyuēzhīshāncǎoduōshāshí鹿shuǐchūyānérnánliúzhùpāngshuǐ

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Quwu (區吳). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en sable et en pierres. La rivière Lu (鹿水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la Pang (滂水).


yòudōngbǎiyuē鹿zhīshānshàngcǎoduōjīnshígèngzhīshuǐchūyānérnánliúzhùpāngshuǐshuǐyǒushòuyānmíngyuēdiāozhuàngdiāoéryǒujiǎoyīnyīngérzhīyīnshìshírén

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Luwu (鹿吳). Son sommet est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en or et en pierres. La rivière Zegeng (澤更) en sort et coule vers le sud se jeter dans la Pang. Dans ses eaux vit une bête nommée gudiao (蠱雕), dont l'aspect rappelle l'aigle, mais pourvue de cornes ; sa voix est comme les vagissements d'un nourrisson ; elle dévore les hommes.


dōngbǎiyuēzhīshāncǎoduōshíchùhǎidōngwàngqiūshānguāngzàichūzàishìwéi

Cinq cents li à l'est se trouve le mont Qiwu (漆吳). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres, abonde en pierres bo (博石), mais sans jade. Il se dresse au bord de la mer ; en regardant vers l'est, vers le mont Qiu (丘山), on voit une lumière tantôt paraître, tantôt disparaître : c'est là le gîte du soleil.


fánnánèrjīngzhīshǒuguìshānzhìzhīshānfánshíshānqiānèrbǎishénzhuàngjiēlóngshēnérniǎoshǒumáoyòngyòng

En tout, depuis le mont Ju jusqu'au mont Qiwu, le Deuxième Classique du Sud compte dix-sept montagnes, sur sept mille deux cents li. Leurs divinités ont toutes un corps de dragon et une tête d'oiseau. Leur culte : pour l'offrande de poil, on enfouit un disque de jade (bi 璧) ; comme grain sacré, on emploie du riz glutineux (tu 稌).


Troisième Classique des montagnes du Sud — 南次三经

nánsānjīngzhīshǒuyuētiānzhīshānxiàduōshuǐshàng

La première montagne du Troisième Classique du Sud se nomme le mont Tianyu (天虞). Son bas abonde en eaux ; on ne peut y monter.


dōngbǎiyuēdǎoguòzhīshānshàngduōjīnxiàduōduōxiàngyǒuniǎoyānzhuàngjiāoérbáishǒusānrénmiànmíngyuēmínghào泿yínshuǐchūyānérnánliúzhùhǎizhōngyǒujiāozhuàngshēnérshéwěiyīnyuānyāngshízhězhǒngzhì

Cinq cents li à l'est se trouve le mont Daoguo (禱過). Son sommet abonde en or et en jade ; son pied abonde en rhinocéros (xi 犀), en buffles sauvages (si 兕) et en éléphants. On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle le héron (jiao 鵁), mais à tête blanche, trois pattes et face humaine ; il se nomme quru (瞿如) ; son cri énonce son propre nom. La rivière Yin (泿水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la mer. On y trouve le hujiao (虎蛟), au corps de poisson et à la queue de serpent ; sa voix est comme celle des canards mandarins ; qui en mange ne souffre pas d'enflures, et l'on peut s'en guérir des hémorroïdes.


yòudōngbǎiyuēdānxuézhīshānshàngduōjīndānshuǐchūyānérnánliúzhùhǎiyǒuniǎoyānzhuàngcǎiérwénmíngyuēfènghuángshǒuwényuēwényuēbèiwényuēyīngwényuērénwényuēxìnshìniǎoyǐnshíránjiàntiānxiàānníng

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Danxue (丹穴). Son sommet abonde en or et en jade. La rivière Dan (丹水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la mer de Bohai (渤海). On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle le coq, au plumage des cinq couleurs et orné de motifs ; il se nomme fenghuang (鳳皇, le phénix). Les motifs de sa tête figurent la Vertu (de 德), ceux de ses ailes le Sens du juste (yi 義), ceux de son dos les Rites (li 禮), ceux de son poitrail l'Humanité (ren 仁), ceux de son ventre la Bonne foi (xin 信). Cet oiseau boit et mange avec mesure, chante et danse de lui-même ; quand il paraît, l'empire connaît la paix et la sérénité.


yòudōngbǎiyuēshuǎngzhīshāncǎoduōshuǐduōbáiyuánfànshuǐchūyānérnánliúzhùhǎi

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Fashuang (發爽). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres, abonde en eaux et en gibbons blancs. La rivière Fan (汎水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la mer de Bohai.


yòudōngbǎizhìmáoshānzhīwěinányǒuyuēduōguàiniǎokǎifēngshìchū

Quatre cents li plus à l'est, on parvient à la queue du mont Mao (旄山). Au sud s'ouvre une vallée nommée Yuyi (育遺), peuplée d'oiseaux étranges ; c'est de là que sort le vent du sud (kaifeng 凱風).


yòudōngbǎizhìfēishānzhīshǒushàngduōjīnshuǐxiàduōchóng

Quatre cents li plus à l'est, on parvient à la tête du mont Fei (非山). Son sommet abonde en or et en jade, mais sans eau ; son pied abonde en vipères.


yòudōngbǎiyuēyángjiāzhīshāncǎoduōshuǐ

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Yangjia (陽夾). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en eaux.


yòudōngbǎiyuēguànxiāngzhīshānshàngduōcǎoduōguàiniǎoshòu

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Guanxiang (灌湘). Son sommet abonde en arbres, sans herbe ; il abonde en oiseaux étranges, sans bêtes.


yòudōngbǎiyuēshānshàngduōjīnxiàduōdānhēishuǐchūyānérnánliúzhùhǎizhōngyǒuzhuānzhuàngérzhìmáoyīntúnjiàntiānxiàhàn

Cinq cents li plus à l'est se trouve le mont Ji (鷄山). Son sommet abonde en or, son pied en cinabre (danhuo 丹雘). La rivière Noire (黑水) en sort et coule vers le sud se jeter dans la mer. On y trouve le poisson zhuan (鱄魚), dont l'aspect rappelle la brème (fu 鮒) mais aux soies de porc ; sa voix est comme celle du porc ; quand il paraît, l'empire connaît une grande sécheresse.


yòudōngbǎiyuēlìngqiūzhīshāncǎoduōhuǒnányǒuyānyuēzhōngtiáofēngshìchūyǒuniǎoyānzhuàngxiāorénmiànéryǒuěrmíngyuēyóngmínghàojiàntiānxiàhàn

Quatre cents li plus à l'est se trouve le mont Lingqiu (令丘). Il est dépourvu d'herbe et d'arbres et abonde en feux. Au sud s'ouvre une vallée nommée Zhonggu (中谷) ; c'est de là que sort le vent tiao (條風). On y trouve un oiseau dont l'aspect rappelle le hibou, à face humaine, quatre yeux et des oreilles ; il se nomme yu (顒) ; son cri énonce son propre nom ; quand il paraît, l'empire connaît une grande sécheresse.


yòudōngsānbǎishíyuēlúnzhězhīshānshàngduōjīnxiàduōqīngyǒuyānzhuàngérchìhànwèishízhěshìláomíngyuēbáigāoxuè

Trois cent soixante-dix li plus à l'est se trouve le mont Lunzhe (侖者). Son sommet abonde en or et en jade, son pied en minerai vert (qīnghù). On y trouve un arbre dont l'aspect rappelle le mûrier à papier, aux veines rouges ; sa sève est comme la laque et sa saveur comme le miel ; qui en mange n'a pas faim et se délivre de la fatigue ; il se nomme baigao (白䓘) ; on peut s'en servir pour teindre le jade en rouge.


yòudōngbǎishíyuēgǎozhīshānduōguàishòuduōshé

Cinq cent quatre-vingts li plus à l'est se trouve le mont Yugao (禺槀). Il abonde en bêtes étranges et en grands serpents.


dōngbǎishíyuēnánzhīshānshàngduōjīnxiàduōshuǐyǒuxuéyānshuǐchūnzhéxiànǎichūdōngzuǒshuǐchūyānérdōngnánliúzhùhǎiyǒufènghuángyuānchú

Cinq cent quatre-vingts li à l'est se trouve le mont Nanyu (南禺). Son sommet abonde en or et en jade, son pied en eaux. Il s'y ouvre une caverne : au printemps les eaux y pénètrent, en été elles en ressortent, en hiver elle reste close. La rivière Zuo (佐水) en sort et coule vers le sud-est se jeter dans la mer ; on y trouve des phénix (fenghuang) et des yuanchu (鵷鶵).


fánnánsānjīngzhīshǒutiānzhīshānzhìnánzhīshānfánshíshānliùqiānbǎisānshíshénjiēlóngshēnérrénmiànjiēbáigǒuyòng

En tout, depuis le mont Tianyu jusqu'au mont Nanyu, le Troisième Classique du Sud compte quatorze montagnes, sur six mille cinq cent trente li. Leurs divinités ont toutes un corps de dragon et une face humaine. Pour leur culte, on offre à chacune un chien blanc en supplique ; comme grain sacré, on emploie du riz glutineux (tu 稌).


Récapitulatif général du Classique du Sud

yòunánjīngzhīshānzhìxiǎofánshíshānwànliùqiānsānbǎishí

Tel est le registre des montagnes des Classiques du Sud : grandes et petites, elles font en tout quarante montagnes, sur seize mille trois cent quatre-vingts li.

Notes

Structure du chapitre. Le 南山经 se compose de trois « classiques » (经) successifs : la chaîne du mont Què (dix monts), le « Deuxième classique » (dix-sept monts) et le « Troisième classique » (quatorze monts). Chaque section s'achève sur un colophon donnant le nombre de monts, la distance totale en li, l'aspect des divinités locales et le rite sacrificiel qui leur est dû. Un récapitulatif final totalise quarante monts sur 16 380 li.

Le li (里). Unité de distance ; sous les Han, environ 400 à 500 mètres. Les chiffres du texte sont schématiques et relèvent de la géographie mythique plus que d'un relevé réel.

Versant sud / versant nord (其阳 / 其阴). 阳 (yáng) désigne le versant ensoleillé (au sud d'un mont), 阴 (yīn) le versant ombragé (au nord) ; on les rend ici par « versant sud » et « versant nord ».

Formules récurrentes. « Qui en mange… » (食之) et « qui en porte sur soi… » (佩之) introduisent les vertus magiques ou médicinales des êtres décrits. « Quand elle paraît… » (见则) signale les créatures-présages, dont l'apparition annonce inondation, sécheresse, corvées ou troubles. « Son cri énonce son propre nom » (其鸣自号) indique un animal dont le cri imite la prononciation de son nom.

Le phénix (鳳皇 fènghuáng). L'oiseau du mont Danxue, dont les motifs du plumage figurent les cinq vertus confucéennes (Vertu, Sens du juste, Rites, Humanité, Bonne foi), est l'un des passages les plus célèbres du texte : son apparition est un présage de paix universelle.

Le renard à neuf queues (九尾狐). La bête du mont Qingqiu, à la voix de nourrisson et dévoreuse d'hommes, est l'origine d'une figure majeure du folklore chinois.

Identifications incertaines. De nombreux noms de plantes, minéraux et animaux (祝餘, 育沛, 青䨼, 留牛…) n'ont pas d'équivalent assuré ; ils sont transcrits en pinyin avec les caractères, et les rendus français (« minerai vert », « vipères », etc.) suivent les gloses traditionnelles (Guo Pu, Hao Yixing).

Texte chinois d'après le Chinese Text Project (ctext.org). Traduction et notes : Chine-culture.com.