Saluer se dit 打招呼 : 招, c'est faire signe de la main, 呼, appeler de la voix, et 打, « frapper », ne sert ici qu'à fabriquer un verbe, comme dans 打电话. Le salut chinois est donc d'abord un geste et un appel (voir Les gestes et les postures). Le mot ne dit rien de ce qu'on prononce.
Et ce qu'on prononce n'est pas toujours 你好. Entre voisins, on salue en constatant l'évidence : 上班去啊? , « tu pars au travail ? », à quelqu'un qui part visiblement au travail, ou 忙什么呢? , « qu'est-ce qui t'occupe ? ». Personne n'attend de réponse détaillée, pas plus qu'au célèbre « tu as mangé ? » (voir La vie en société, où sont rangées les formules de base). Par contre, je ne suis pas sûr que les jeunes citadins saluent encore beaucoup de cette façon : 你好 et 嗨 , venu de l'anglais, gagnent du terrain.
Se présenter, c'est surtout s'abaisser. À la question 您贵姓?, « quel est votre noble nom ? », on répond 免贵姓王 , « épargnez-moi le “noble”, je m'appelle Wang ». Le lettré disait de lui-même 在下 , « celui qui est en dessous », et accueillait l'autre par 久仰 , « je lève la tête vers vous depuis longtemps » (phrase 19). On dit souvent que 请多关照 est un calque du japonais yoroshiku onegaishimasu. C'est possible, mais je n'en ai jamais trouvé de preuve solide.
Prendre congé est un petit ballet. L'hôte raccompagne son invité à la porte, puis à l'ascenseur, parfois jusqu'à la rue, en lui disant 慢走 , « marchez lentement ». L'invité proteste par 留步 , « arrêtez vos pas » (phrase 20), et l'hôte finit par céder : 不送了 , « je ne vous accompagne pas plus loin ». Celui qui referme la porte trop vite passe pour mal élevé.
Le caractère 谢 n'a pas toujours voulu dire merci. Le Shuowen le définit par 辞, « prendre congé, décliner » : 言, la parole, avec 射 pour le son. Ce vieux sens survit dans des mots qui n'ont rien de reconnaissant : 谢绝 , refuser poliment, 闭门谢客 , fermer sa porte aux visiteurs, et même 谢顶 , le sommet du crâne dont les cheveux « se retirent ». Remercier, c'était d'abord se retirer avec des égards.
Attention, on ne remercie pas ses proches comme des inconnus. Dire 谢谢 à sa mère qui sert le riz paraît froid, presque vexant : c'est la traiter en étrangère. À un ami, on répond plutôt par un geste rendu. Quand le merci arrive quand même, la réponse minimise le service : 应该的 , « c'était mon devoir », 小意思 , « une petite intention », ou 哪里的话 , « d'où sortent ces paroles ? ».
Pour s'excuser, 对不起 est plus lourd qu'il n'y paraît : 对得起, c'est être à la hauteur de quelqu'un, ne pas le décevoir ⟶ 对不起, c'est avouer qu'on l'a déçu. Pour une bousculade ou un retard, on dit plutôt 不好意思, littéralement « pas bon sens » ⟶ je suis gêné (phrase 4). L'excuse la plus spectaculaire reste celle du général 廉颇 , au royaume de Zhao, au IIIe siècle avant notre ère. Jaloux de 蔺相如 , promu au-dessus de lui, il apprend que celui-ci l'évite pour ne pas diviser le royaume ; il se présente alors dos nu, des ronces sur les épaules, pour demander sa punition : 负荆请罪 (phrase 23). Les deux hommes devinrent amis à la vie à la mort.
Le compliment se reçoit en le repoussant. 你的中文说得真好! appelle 过奖了 , « louange excessive », même quand on parle couramment (phrase 11). 了不起 , formidable, se décompose mal ; on y lit « dont on ne vient pas à bout », mais ce n'est pas évident. Et à 恭喜, on répond 同喜同喜 , « même joie, même joie ».
Refuser en face est rare. 改天吧 , « un autre jour », veut souvent dire non, et tout le monde le sait (phrase 17). Pour un cadeau, on décline une ou deux fois, 心领了 , « mon cœur a reçu l'intention », avant d'accepter par 却之不恭 , « refuser serait impoli ». Laozi se méfiait de ces jolies phrases : « les paroles sincères ne sont pas élégantes » (phrase 24, voir le Chapitre 81 du Laozi).
Confucius, lui, ne s'arrêtait pas à l'excuse : la faute, la vraie, c'est de ne pas se corriger (phrase 25, voir le Chapitre 15 des Entretiens de Confucius, XV.29). Le 下不为例 de la phrase 22 dit la même chose, sur le ton du chef de bureau. L'excuse ne vaut que pour une fois.
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Mode d'emploi : chaque mot porte son niveau. ① l'essentiel, ② le courant, ③ le précis. Commencez par les ① : ils suffisent déjà pour saluer, remercier, s'excuser ou demander un service. Le bouton ▶ donne la prononciation, et un clic sur un caractère ouvre son ordre des traits.
Saluer
bonjour à tous
bonsoir
comment vas-tu ?
comment ça va en ce moment ?
bonjour (le matin), « tôt »
bon après-midi (pour saluer)
salut (de l'anglais hi)
saluer, présenter ses salutations ; les salutations
tu pars au travail ? (salut de voisinage)
qu'est-ce qui t'occupe ? (salut familier)
vous allez bien depuis la dernière fois ? (soutenu)
cela fait longtemps ! (soutenu)
bonjour (le matin, plutôt écrit)
Se présenter
je m'appelle
enchanté de faire ta connaissance
ravi de te voir
la première rencontre ; enchanté (formule)
je compte sur votre bienveillance
comment dois-je vous appeler ?
je vous présente…, « cette personne est »
moi-même ; en personne
j'ai beaucoup entendu parler de vous, « je vous admire depuis longtemps »
enchanté, « heureuse rencontre » (soutenu)
merci de me guider, « beaucoup de conseils »
je m'appelle… (réponse à 贵姓, « épargnez-moi le “noble” »)
votre serviteur, moi (modeste, vieilli)
faisons connaissance
Prendre congé
à demain
à tout à l'heure, à plus tard
à la prochaine
bonne nuit
au revoir (à qui s'en va), « marchez lentement »
sois prudent en route
j'y vais, je file
prends soin de toi
faire ses adieux, prendre congé
on reste en contact
passe nous voir quand tu as le temps
prendre congé (soutenu)
veuillez m'excuser, je dois vous quitter
ne me raccompagnez pas, « arrêtez vos pas »
Remercier
merci beaucoup
merci infiniment
de rien, « inutile de remercier »
être reconnaissant
être reconnaissant d'un bienfait
remercier, exprimer ses remerciements
c'est normal, « c'était mon devoir »
ce n'est rien, une bagatelle
mais pas du tout, que dites-vous là
se donner du mal (pour quelqu'un)
tu n'aurais pas dû dépenser pour moi
la gratitude, les remerciements
remercier ; les remerciements
merci à tous
grâce à votre bonté (soutenu, écrit)
S'excuser
c'est ma faute
pardon, je suis désolé (familier)
pardon, laissez-moi passer
ce n'était pas exprès
présenter ses excuses (familier)
manquer à la politesse ; pardonnez mon impolitesse
veuillez m'excuser (soutenu, écrit)
veuillez me pardonner
ne t'en formalise pas
c'est ma faute, « reproche-le-moi »
présenter ses excuses en bonne et due forme
le regret, les excuses
Féliciter et souhaiter
que tout se passe bien
bravo, super
formidable, remarquable
admirer, être impressionné
complimenter, faire l'éloge de
vous me flattez, « louange excessive »
louer, faire l'éloge
féliciter (pour un heureux événement)
à vous aussi ! (réponse aux félicitations)
bien joué, beau travail
fort, impressionnant
tous mes vœux de bonheur (aux jeunes mariés)
prompt rétablissement
présenter ses félicitations (soutenu)
Demander, proposer, refuser
est-ce possible ? je peux ?
est-ce que tu pourrais… ?
d'accord ? ça te va ?
tu veux… ? (pour proposer)
pas de problème
non merci, ce n'est pas la peine
non, impossible
je t'en prie, s'il te plaît (pour un service)
je t'en supplie
et si… ? sinon…
il vaudrait mieux…
accepter, promettre ; répondre (à un appel)
refuser
une autre fois
demander, solliciter ; la requête
tu me le prêtes un instant ?
pardon, excusez-moi (pour demander un service)
refuser poliment
décliner (une offre, un cadeau)
j'apprécie l'intention (pour refuser un cadeau)
Les chengyu et les proverbes de la politesse
Dieu merci, « remercier le ciel et la terre »
confus d'une telle faveur, « recevoir une faveur comme un choc »
une reconnaissance infinie
faire amende honorable, « porter des ronces et demander sa punition »
que cela ne se reproduise pas, « ne pas en faire un exemple pour la suite »
nous nous reverrons
exaucer toutes les demandes
ne pas demander mieux, « ce qu'on cherchait sans pouvoir l'obtenir »
trop de politesse ne fâche personne
refuser serait impoli (pour accepter un cadeau)
je regrette de ne pouvoir accéder à votre demande
se présenter, « annoncer soi-même sa maison »
une requête peut-être déplacée (pour demander poliment)
Saluer, remercier, demander dans les mots de tous les jours
la question ; le problème (问 « demander »)
demander conseil
fermer sa porte aux visiteurs
la fête d'adieu
le discours de félicitations
devenir chauve, « le sommet du crâne se retire »
paraître, voir le jour, « se présenter au monde »
le conseiller, le consultant
la demande (économique), le besoin
honorer de sa présence (欢迎光临 « bienvenue »)
Phrases d'exemple
Bonjour à tous, je m'appelle Li Ming, je suis ravi de faire votre connaissance.
Il se fait tard, j'y vais. À demain !
Merci de m'avoir aidé à déménager, merci infiniment !
Désolé, je suis en retard.
Joyeux anniversaire, et que tout se passe bien pour toi !
On va au cinéma demain, ça te va ?
Tu veux une tasse de thé ? Non merci, ça ira.
Sois prudent en route, et envoie-moi un message en arrivant.
Enchanté, je compte sur votre bienveillance.
Comment dois-je vous appeler ? Appelez-moi simplement Xiao Wang.
Ton chinois est excellent ! Vous me flattez, j'ai encore du chemin à faire.
Désolé de vous avoir fait attendre.
Pardon, ce n'était pas exprès. Ce n'est rien, ce n'est pas grave.
Félicitations pour ton entrée à l'université ! Tu es vraiment formidable.
J'ai un service à te demander : tu pourrais t'occuper de mon chat ?
Il m'a invité à dîner ; j'ai longtemps hésité, puis j'ai refusé.
Aujourd'hui je suis pris, une autre fois.
Il fait si beau, et si on allait se promener au parc ?
Professeur Wang, j'ai tant entendu parler de vous ! Enchanté !
Restez donc, ne me raccompagnez pas.
Je suis touché par l'intention, mais je ne peux pas accepter ce cadeau.
Passe pour cette fois, mais que cela ne se reproduise pas.
Lian Po vint, des ronces sur le dos, demander pardon, et devint l'ami de Lin Xiangru.
Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères. (Laozi, 81)
Le Maître dit : Ne pas se corriger après une faute involontaire, c’est commettre une faute véritable. (Confucius, Entretiens, XV.29)


