En Chine, on parle des 三教 , les « trois enseignements » : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Le mot compte. 教 , c'est enseigner, et le sens moderne de 宗教 , la religion, n'est arrivé du japonais qu'à la fin du XIXe siècle (le mot existait avant dans les textes bouddhiques, au sens de l'enseignement d'une école). D'où la question qu'on pose toujours : le confucianisme est-il une religion ? La langue, elle, ne tranche pas.
Le lettré se dit 儒 , l'homme 人 à côté de 需, et l'école de Confucius est le 儒家 , littéralement « la maison des lettrés ». À l'origine, les 儒 étaient sans doute des maîtres de cérémonie, spécialistes des rites. On a proposé d'y voir « les hommes souples », en rapprochant 需 de 濡, mouiller, mais je n'en suis pas sûr du tout.
Ses vertus tiennent en un caractère chacune. 仁 , la bienveillance, s'écrit avec l'homme et le chiffre deux : 人 + 二 ⟶ ce qui se joue entre deux personnes, selon l'explication traditionnelle. 孝 , la piété filiale, montre le vieillard 老 abrégé au-dessus de l'enfant 子 ⟶ l'enfant qui porte ses parents (sur les termes de famille, voir La parenté). Notez que Confucius parlait très peu des esprits : quand Zilu l'interroge sur la mort, il le renvoie à la vie (phrase 25, voir le Chapitre 11 des Entretiens de Confucius).
Le taoïsme vient de 道 , la voie : on y voit 辶, marcher, et 首, la tête ⟶ le chemin, puis la méthode, puis le Tao. Attention, le chinois distingue ce que le français confond : le 道家 est l'école de pensée de Laozi et de Zhuangzi, le 道教 est la religion, née au IIe siècle avec les Maîtres célestes, avec ses prêtres, ses temples et sa quête de l'immortalité. Le premier a donné le 上善若水 , « la vertu supérieure est comme l'eau » (phrase 24, voir le Chapitre 8 du Laozi), qu'on voit calligraphié dans bien des bureaux.
L'immortel, 仙 , s'est écrit 仚 : un homme sur une montagne ⟶ celui qui s'est retiré pour ne plus mourir. Le ciel des taoïstes est une administration, avec l'Empereur de Jade, 玉皇大帝 , à sa tête, et la Reine Mère de l'Ouest, dont les pêches donnent l'immortalité (phrase 23). Le Roi des singes les mange toutes dans le Voyage en Occident, avec les pilules de 太上老君 pour faire bonne mesure (voir Les livres et la poésie).
Le bouddhisme est arrivé d'Inde sous les Han de l'Est (phrase 19), et il a fallu transcrire. 佛 vient de 佛陀, Buddha. Mais le caractère existait déjà dans 仿佛 , « vaguement », et il s'y lit encore : il a reçu une seconde lecture pour l'occasion. 菩萨 abrège bodhisattva, 涅槃 rend nirvana. Pour 和尚 , le moine, on remonte au sanskrit upādhyāya, « maître », passé par une langue d'Asie centrale ; le chemin exact reste discuté.
Les figures ont changé en route. 观音 est un bodhisattva masculin en Inde, devenu une femme en Chine, vers les Song. Et le Bouddha rieur au gros ventre des restaurants, 弥勒佛 , est le Bouddha du futur, Maitreya, sous les traits de Budai, un moine errant du Xe siècle qu'on tenait pour son incarnation.
Dans la pratique, personne ne choisit. On brûle de l'encens au temple bouddhiste, on consulte au temple taoïste, et l'on honore ses parents à la manière confucéenne, sans y voir la moindre contradiction ; bien des temples réunissent d'ailleurs les trois (phrase 21). Les dieux de la maison, la divination et le fengshui sont sur la page suivante, avec les religions du monde.
Les soutras ont laissé beaucoup de mots courants. 不可思议 , « qu'on ne peut ni penser ni dire » ⟶ incroyable (phrase 7), 刹那 , l'instant, et 一丝不挂 , « pas un fil qui retienne », que les maîtres chan employaient pour le détachement (aujourd'hui, on l'entend surtout au sens de « tout nu », mieux vaut le savoir). Les jeunes se disent 佛系 , « style bouddha », quand rien ne les fait courir (phrase 13).
Les moines, eux, sont restés dans les proverbes. 三个和尚没水喝 , trois moines n'ont pas d'eau à boire : chacun attend que l'autre aille la chercher, et un dessin animé de 1980 l'a rendu célèbre. Celui qui fait son travail sans zèle 做一天和尚撞一天钟 . Il sonne la cloche, c'est tout.
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Le bouddhisme : croire et pratiquer
le bouddhisme
le Bouddha ; un bouddha
le Bouddha, « l'ancêtre bouddha »
être bouddhiste, « croire au Bouddha »
brûler de l'encens
prier le Bouddha
réciter les soutras
méditer assis
l'enfer
entrer en religion, « quitter la famille »
le soutra, le texte bouddhique
pratiquer une discipline religieuse
faire le bien
la cause et l'effet ; la rétribution des actes
le cycle des renaissances
la vie antérieure
la compassion
le chan, le zen ; la méditation
Amitabha ; formule de prière et de salut des bouddhistes
la rétribution, le châtiment mérité
le nirvana
se convertir, « prendre refuge »
mendier sa nourriture (pour un moine)
le donateur ; « bienfaiteur », comme un moine appelle un laïc
Les temples, les moines et les grandes figures
le temple
le moine bouddhiste
la nonne bouddhiste
la statue du Bouddha
le bodhisattva
Guanyin, la bodhisattva de la compassion
le moine des Tang, héros du « Voyage en Occident »
le monastère bouddhique
le chapelet bouddhique
Shakyamuni, le Bouddha historique
Maitreya, le Bouddha rieur au gros ventre
l'abbé du monastère
le poisson de bois, que le moine frappe en récitant
Xuanzang, le pèlerin parti chercher les soutras en Inde
Bodhidharma, le fondateur du chan
Jigong, le moine fou qui mange de la viande
le roi des Enfers
l'Ouest des pèlerins ; le paradis
l'arbre de l'Éveil, le figuier des pagodes
Le taoïsme
le taoïsme (la religion)
la voie, le tao
l'école taoïste
le prêtre taoïste
le temple taoïste
le « Livre de la Voie et de sa vertu »
le non-agir
vivre éternellement sans vieillir
« maître », comme on appelle un prêtre taoïste
le diagramme du faîte suprême (le yin et le yang)
l'élixir d'immortalité
cultiver l'immortalité
Les immortels et les dieux du ciel
le dieu ; divin
l'immortel, la divinité
la fée
l'Empereur de Jade
les Huit Immortels
devenir immortel
le Très-Haut Seigneur Lao, Laozi divinisé
le séjour des immortels ; un paysage de rêve
Lü Dongbin, le plus célèbre des Huit Immortels
la Reine Mère de l'Ouest
les pêches d'immortalité
Le confucianisme
la piété filiale
l'homme de bien
la morale
l'école des lettrés, le confucianisme
la bienveillance, l'humanité
la droiture, le sens du devoir
les rites ; la politesse
l'homme de peu, le mesquin
le temple de Confucius
la bienveillance et la droiture
le juste milieu
la loyauté
la loyauté et la piété filiale
les trois liens et les cinq vertus constantes
les rites, la droiture, l'intégrité et le sens de l'honneur
Les penseurs et les classiques
Laozi
Mencius
maître Kong, Confucius
Zhuangzi
le saint, le sage
le penseur
le « Livre des mutations »
les trois enseignements
la doctrine de Confucius et de Mencius
l'école des légistes
Xunzi
Han Feizi
confucianisme, bouddhisme et taoïsme
Les chengyu des trois enseignements
ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse
la mer des souffrances est sans fin, retourne-toi et voilà la rive
la vertu supérieure est comme l'eau
la voie prend modèle sur ce qui est ainsi de soi-même
Zhuang Zhou rêve qu'il est un papillon
les Huit Immortels traversent la mer, chacun par ses propres pouvoirs
qui pose le couteau du boucher devient aussitôt bouddha
se vaincre soi-même et revenir aux rites
donner sa vie pour accomplir la vertu
sacrifier sa vie pour la justice
Les proverbes des moines et des temples
trois moines n'ont pas d'eau à boire : à plusieurs, personne ne fait rien
moine un jour, sonner la cloche un jour : faire le strict minimum
le moine peut s'enfuir, pas le temple : on finira bien par le retrouver
à défaut d'égards pour le moine, en avoir pour le Bouddha
le moine venu de loin récite mieux les soutras : nul n'est prophète en son pays
un moine haut d'un zhang deux (quatre mètres), on n'atteint pas sa tête : n'y rien comprendre
bodhisattva d'argile passant la rivière, il ne peut se sauver lui-même
Les trois enseignements dans les mots de tous les jours
inconcevable, incroyable (une expression des soutras)
détaché, « style bouddha »
la loyauté entre amis
l'instant
la prise de conscience ; l'éveil
le niveau atteint ; l'état d'esprit
se prosterner ; admirer sans réserve
aux pouvoirs immenses ; très débrouillard
un cœur de bodhisattva, très bon
sans aucun attachement ; tout nu
le coup de bâton du maître chan ; un avertissement brutal
se perdre en chimères
des mérites infinis ; une bonne action immense
le vrai visage, la nature originelle
Phrases d'exemple
Ma grand-mère est bouddhiste.
Allons brûler de l'encens au temple.
Ce moine récite les soutras tous les jours.
Laozi a écrit le « Livre de la Voie et de sa vertu ».
Les Chinois attachent beaucoup d'importance à la piété filiale.
Elle est belle comme une fée.
C'est vraiment incroyable !
Crois-tu qu'il existe des dieux ?
Jeune, il est entré en religion et s'est fait moine.
Le monastère est silencieux, on n'entend que le poisson de bois.
Le moine des Tang part chercher les soutras à l'Ouest.
C'est un véritable homme de bien.
Aujourd'hui, beaucoup de jeunes sont « style bouddha ».
Il médite assis une demi-heure chaque matin.
Le Roi des singes sème la pagaille au palais céleste.
Mencius pense que la nature humaine est bonne.
On dit que dans une vie antérieure, il était moine.
Au Nouvel An, beaucoup de gens vont offrir de l'encens au monastère.
Le bouddhisme est arrivé d'Inde en Chine sous les Han de l'Est.
Le bien est payé de bien, le mal de mal.
Dans bien des temples, les statues des trois enseignements se côtoient.
Les taoïstes prônent le non-agir, les confucéens l'engagement dans le monde.
Les pêches de la Reine Mère de l'Ouest donnent l'immortalité à qui les mange.
L'homme d'une vertu supérieure est comme l'eau. L'eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point. (Laozi, 8)
Zilu interrogea Confucius sur la manière d’honorer les esprits. Le Maître répondit : Celui qui ne sait pas remplir ses devoirs envers les hommes, comment saura-t-il honorer les esprits ? Zilu reprit : Permettez-moi de vous interroger sur la mort. Le Maître répondit : Celui qui ne sait pas ce que c’est que la vie, comment saura-t-il ce que c’est que la mort ? (Confucius, Entretiens, XI.11)


