Texte chinois
治大国若烹小鲜。
以道莅天下,其鬼不神。
非其鬼不神,其神不伤人。
非其神不伤人,圣人亦不伤人。
夫两不相伤,故德交归。
Traduction
大きな国を治めるには、小魚を煮るように(する者を)倣わなければならない。君主が道をもって天下を治めれば、悪鬼はその力を示さない。
悪鬼に力がないのではなく、悪鬼が人々を傷つけないのである。
悪鬼が人々を傷つけられないのではなく、聖人自身が人々を傷つけないのである。
聖人も悪鬼も人々を傷つけない。それゆえ彼らは徳を一緒に合わせる。
Notes
A : Lorsqu'on fait cuire un petit poisson, on n'ôte ni ses entrailles ni ses écailles ; on n'ose le manier rudement de peur de l'écraser. De même (B), lorsqu'on gouverne un grand royaume, il ne faut pas se donner beaucoup de mouvement, ni établir une multitude de lois et de règlements, de peur de tourmenter les inférieurs et de les exciter au désordre.
Le reste du chapitre offre le retour fréquent des mêmes mots, et semble aussi insignifiant qu'inintelligible, si l'on donne aux mots chinois leur acception ordinaire.
Je me bornerai à citer en grande partie le commentateur B, qui comme tous les autres, a pris ici la glose ancienne de 河上公 (A) pour base de ses développements.
Le Saint emploie le vide et la lumière (c'est-à-dire se dépouille de ses passions et dissipe leurs ténèbres) pour nourrir sa nature, la modération et l'économie pour subvenir aux besoins de son corps, la pureté et l'attention la plus sévère pour fortifier sa volonté, le calme et la quiétude pour gouverner son royaume.
Lorsqu'on gouverne l'天下 par le 道 , les 鬼 n'osent (A) montrer leur puissance, parce qu'un Saint est assis sur le trône. Si les 鬼 n'osent montrer leur puissance pour nuire aux hommes, ce n'est pas qu'ils manquent de puissance, c'est uniquement parce que la perversité ne peut vaincre la droiture. C'est pourquoi on reconnaît que si les 鬼 n'osent attaquer les hommes, c'est parce qu'ils craignent et respectent l'homme droit et sage qui est sur le trône. Si le Saint n'ose nuire au peuple, c'est qu'il l'affectionne comme s'il était son père. Si, dans le nombre, il se trouve des hommes aveugles qui se laissent aller au mal, le Saint se garde de les punir immédiatement à cause du mal qu'ils ont fait. Il les sauve par sa bonté, il les console par ses bienfaits et les fait revenir au bien. Le Saint ne fait point le mal au peuple, et alors les 鬼 se convertissent. Cela montre la grandeur de sa 德 . De leur côté, les 鬼 ne font point de mal aux hommes ; cela prouve aussi l'excellence de leur 德 .
Tout l'天下 en attribue le mérite au Saint ; mais celui-ci ne voit aucun mérite dans ses œuvres, et il rapporte ce mérite aux 鬼 . Ainsi ils confondent ensemble leur 德 .
Toutes les éditions portent 神 « esprits » au lieu de 鬼 « démons ». J'ai cru devoir adopter la leçon 鬼 , afin de rétablir le parallélisme qui semble devoir exister entre ces deux phrases et celles qui précèdent.
E explique le mot 鬼 « démons », par 鬼神 « esprits » en général. Cependant les malheurs qu'il cite plus bas, tels que fléaux, morts prématurées, pestes, etc. montrent qu'il faut prendre le mot 鬼 en mauvaise part et le rendre par « démons ».
Le mot 神 signifie « être doué d'une puissance surnaturelle ».
E : Les 鬼 et le Saint ne font point de mal aux hommes.
C'est le sens de C : « 圣人 et 鬼 confondent leur 德 ». Il y a une grande différence entre cette glose, qu'appuient plusieurs commentateurs, et celle-ci de E : « Ainsi les mérites du 道 et de la 德 se rassemblent ensemble dans le monde présent ».


