Le Clos aux cerfs - Wang Wei

王维 Wáng Wéi

五言绝句 Wǔyán juéjù

Explications des caractères

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kōng

« vide, désert ». 空山 « la montagne déserte », silencieuse.

shān

« montagne ». Le décor solitaire du poème.

« ne… pas ». Négation : on ne voit personne.

jiàn

« voir, apercevoir ». 不见人 « on ne voit personne ».

rén

« homme ». Ici l'absence visible d'êtres humains.

dàn

« seulement, mais ». Marque le contraste : on n'voit rien, mais on entend.

wén

« entendre ». Ici percevoir des voix.

rén

« homme ». 人语 « la parole humaine », présence audible mais invisible.

« parole, voix, langage ». 人语 « des voix humaines ».

xiǎng

« résonner, écho ». L'écho des voix dans la montagne.

fǎn

« revenir, retourner ». 返景 « la lumière qui revient ».

jǐng

« lumière, clarté (du soleil) ». 返景 = les rayons obliques du couchant.

« entrer, pénétrer ». La lumière pénètre la forêt.

shēn

« profond ». 深林 « la forêt profonde, dense ».

lín

« forêt, bois ». 深林 « la forêt profonde ».

« de nouveau, encore ». La lumière éclaire « à nouveau ».

zhào

« éclairer, illuminer ». 照…上 « éclaire sur… ».

qīng

« vert (bleu-vert) ». 青苔 « la mousse verte ».

tái

« mousse ». 青苔 sur le sol ombragé.

shàng

« sur, au-dessus ». 青苔上 « sur la mousse ».

Traduction littérale

Montagne déserte, on ne voit personne,
On entend seulement l'écho de voix humaines.
La lumière du couchant pénètre la forêt profonde,
Et de nouveau éclaire la mousse verte.

Contexte Historique et Biographique

王维 (Wáng Wéi, 701–761), poète, peintre et musicien, est l'une des trois grandes figures de la poésie Tang, surnommé le « Bouddha de la poésie » (诗佛, Shīfó) pour l'inspiration bouddhiste et la sérénité de son œuvre.

Ce poème, 鹿柴 (Lù zhài), « Le Clos aux cerfs », appartient au cycle de sa retraite de Wangchuan. Il saisit un instant fugace de lumière et de silence en montagne.

Analyse Littéraire

Structure et Forme

Quatrain de cinq caractères bâti sur deux contrastes : le silence et un son (l'écho), le vide et un rayon de lumière. Les deux distiques se répondent, de l'ouïe à la vue.

Imagerie et Symbolisme

Des voix sans corps, puis un rayon du couchant glissant sur la mousse : une esthétique du presque-rien, héritée de la peinture à l'encre, où l'essentiel est suggéré.

Mouvement et Gestuelle

Aucun personnage n'agit ; le seul mouvement est celui de la lumière qui entre dans la forêt et se pose sur la mousse, comme un regard.

Langage et Tonalité

Langue limpide et sensorielle ; ton serein et contemplatif. Le silence est paradoxalement rendu par un son, l'écho lointain d'une voix.

Thématiques Principales

Le Vide et la Quiétude

Le vide () n'est pas néant mais plénitude paisible, proche de l'idéal bouddhiste chan cher à Wang Wei.

La Nature comme révélation

Un instant ordinaire — un rayon sur la mousse — devient une épiphanie silencieuse.

La Solitude sereine

L'absence d'hommes n'est pas un manque mais une harmonie avec la montagne.